Block party

Block party

La poussière cherche un espace où scintiller. La sueur est orchestrée du délicat tracé jusqu’au torrent.

    Que se passe-t-il à l’intérieur ? Comment le corps s’organise pour trouver des ouvertures, une liberté de mouvement ? Ce n’est pas évident, au sol à quatre pattes, appuyée, de trouver des originalités de gestes et de déplacements. Et ce quel qu’en soit la danse. Le travail de transfert de poids, d’espace, de coordination entre le haut et le bas se retrouve dans toutes. Mon parcours contemporain m’a permis de développer cette sensation de la corporalité et une rigueur de travail dont je suis fière. Il me faut cette rigueur sinon je perds la notion de plaisirs, le corps ne suit pas. Mais il y a un lâcher-prise dans la danse hip hop, libérateur de codes esthétiques. La musique et le mouvement fusionnent de manière plus organique. C’est plus satisfaisant pour mon besoin d’interprétation et plaisant de pouvoir développer des choses à partir de rien, kiffer le son sans routines académiques. J’ai une facilité à rentrer dedans parce que ça me parle. C’est une danse populaire. Le dancefloor Hip hop fait partie des danses populaires ! Et Il faut le perpétuer pour que sa beauté puisse ressortir sur scène.

Aïda Boudrigua

 
 

Orchestrer...

En 95, j’ai 15 ans, la MJC (Maison des Jeunes et de la Culture) de ma petite ville natale propose une sortie. Je le remarque au minibus qui s’apprête à partir. Mes potes montent dedans. Je les suis sans savoir où ils vont, je veux sortir. J’apprends pendant le trajet qu’ils vont à Nîmes voir de la danse Hip hop.
Arrivé à la salle, j’ai poussé la porte et j’ai vu tout le monde partir dans tous les sens, des gars qui tournaient sur la tête. L’énergie qui se dégageait de cette salle m’a choqué. Je l’ai pris dans la tête dès le départ. La danse est venue à moi.
Le sol ! La première chose qui me vient c’est de poser la main au sol. J’ai touché le sol comme si c’était un pote. On était deux, il y avait lui et moi.
Je suis un breaker, ma fluidité je la trouve dans le sol. Mais je voyais tout ça comme un mélange de sport et de cirque. Ce n’était qu’un exutoire. Je ne m’étais jamais dit que je travaillerai dans les théâtres à faire des spectacles, c’était purement de l’énergie.

Abdeslam « Salem » Mouhajir

...les singularités

    Il faut beaucoup s’entrainer pour maitriser une figure, ce n’est pas gratuit. Il faut se dépasser. Maitriser mon corps sur le sol, à l’envers, en équilibre sur les bras, les épaules, les coudes, m’a attiré au début. Tenter de le contrôler jusqu’à la pointe de mon orteil me passionne toujours. J’essaie quand même de me détacher de l’image stéréotypée du breakdance acrobatique.
J’intègre la danse dans les figures.
Break ça veut dire « cassé » . Mais j’adore ce qui tourne, donc mon break est fluide. M’entrainer avec des danseurs debout m’aide. On s’inspire mutuellement, ça crée une fusion. Le défi est de varier les bases, déformer les codes selon la musique et l’énergie que tu y mets. Tu vas forcément déborder quelque part, avoir des coups de folies, une énergie douce ou très tonique. Ça dépend de l’état du jour. Il faut accepter l’instant présent, ce qui se passe sur le moment. Parfois, il faut se remettre en question pour réaliser qu’il te faut peu pour être satisfait. La base, c’est la simplicité. Même dans la danse. Avec trois mouvements, tu peux prendre dix chemins.

 

Patrick « Phynox » Flegeo

 

 
 

L'étoffe du mouvement

Je sors de moi-même. Des fois, je ne me reconnais pas.
Dans les battles, j’ai le défi de prouver aux autres que je ne suis pas la personne fragile qu’ils croient, que ma discrétion peut faire croire. Je me surprends à faire des choses, à me surpasser. Sur scène, j’ai la sensation d’être en phase, en osmose avec le lieu. Je me sens libérée. N’importe quel endroit où je peux danser, je le fais. Tout peut être une scène en fait, dès lors qu’il y a une zone où tu es libre. Je danse debout justement parce qu’il y a cet espace en hauteur qui m’appelle, j’ai la sensation de voler.
C’est sûrement pourquoi la House me parle. C’est un état d’esprit, une liberté, mon monde. La musique t’emporte et rien ne se ressemble. Le Sacre est parfait pour cela, cette musique est hyper puissante.Elle donne une rage de vivre, elle me possède. C’est autre chose que les battles, mais c’est génial de transgresser ses propres règles.
Une prof m’avait dit que la danse Hip hop n’irait jamais sur scène. Ça m’avait mise en colère ! C’est un combat de prouver qu’elle a sa place. Pourquoi la discriminer parce qu’elle vient de la rue ? Dès qu’on me dit qu’une chose n’est pas possible, je ne l’entends pas. Dès qu’on m’impose un challenge, j’ai envie de le relever.

Floriane Leblanc

Noir salle !

Véronique Hemberger

L’adoration de la terre / mars 2017

© Etienne Bolo • lavisible

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